Et si les digestats de méthanisation étaient des matières organiques comme les autres ? 🌱
Un digestat de méthanisation, c’est le résidu organique issu de la production de biogaz par fermentation de matières organiques. Autrement dit : ce qu’il reste après que les micro-organismes aient “digéré” la matière pour produire du méthane. Riches en azote, les digestats sont utilisés comme fertilisants agricoles.
Mais quels sont leurs effets sur le fonctionnement biologique des sols ?
C’est la question que nous avons explorée dans une expérimentation en mésocosmes, en étudiant les effets de 6 types de digestats sur les communautés de nématodes du sol dans le cadre du projet METHABOSOL.
Les résultats viennent d’être publiés dans la revue internationale Applied Soil Ecology.
Le projet METHABOSOL était un projet CASDAR coordonné par AgroSupDijon, dont ELISOL environnement était partenaire ainsi que l’INRAE, l’ESA, l’ENS Paris, l’EPLEFPA du Bas-Rhin, le GERES, l’université de Rennes 1, L’université Lyon 3, ACE Méthanisation, AILE, CA Côte d’or, CRA Bretagne et CRA Pays de Loire.
🔬 1er constat : il n’existe pas “un” digestat, mais une grande diversité de digestats.
Leurs propriétés varient fortement selon les matières brutes utilisées les procédés de méthanisation : pH, rapport C/N, teneur en NH4+, azote organique, humidité…
En général, les digestats solides sont plus riches en carbone tandis que les fractions liquides sont riches en azote ammoniacal
🪱 2e constat : certains digestats agissent comme des vecteurs d’organismes vivants.
100 g de digestat solide peuvent apporter jusqu’à 400 000 nématodes bactérivores au sol.
Ces organismes jouent un rôle clé dans la décomposition de la matière organique et la minéralisation des nutriments. Un véritable boost d’activité biologique pour les sols.
Un effet que l’on retrouve également avec certains composts et fumiers.
🌾 3e constat : l’impact d’un digestat dépend fortement du type de sol.
Les sols sableux sont beaucoup plus sensibles aux apports de digestats que les sols argileux ou limoneux, qui tamponnent davantage les perturbations.
⚠️ 4e constat : stimuler l’activité biologique ne signifie pas toujours augmenter la biodiversité.
Si la plupart des digestats stimulent l’activité biologique des sols, certains peuvent aussi réduire la diversité des communautés de nématodes. Cet effet est surtout observé avec des digestats liquides riches en azote ammoniacal, notamment dans les sols sableux.
L’ensemble de ces tendances sont également observées chez les microorganismes et les vers de terre.
👉 Anticiper l’impact des digestats sur la fertilité biologique des sols nécessite donc de considérer :
✔️ le type de sol,
✔️ la qualité du digestat et donc sa composition chimique,
✔️ les doses appliquées.
Des éléments clés dans un contexte où l’on cherche à réduire l’usage des engrais minéraux, notamment des ammo-nitrates.


